En mémoire de DARA

Pour ceux et celles qui l'ont connue

Je m'appelais Dara et je suis née le 24 août 1998, de père suisse, mais chez un éleveur de la région d'Enghien. Issue d'une nichée de 8 chiots, j'attendais impatiemment un maître qui allait m'aimer et me faire découvrir la vie.

Un matin, c'était le 17 octobre 1998, un couple s'est présenté devant nous (les huit de la nichée). Je ne sais pas pourquoi, mais c'est moi - le premier des huit - qui me suis avancée la première. Je sentais déjà, malgré mon jeune âge, que je serais aimée et choyée dans ce nouveau foyer, car même si j'ai souvent déménagé, mon maître et moi ne nous sommes jamais quittés. Mon maître m'a tout de suite prise dans ses bras et je m'en suis allée en toute confiance.

Ce que j'ignorais, c'est qu'il était prévu que je passe toute ma vie dehors, que je dorme dans une niche et que je ne pourrais retrouver mon maître que le soir, lors des soirées passées à la maison. C'était octobre et il pleuvait sans cesse; je ne voulais pas rester dehors la nuit dans ma niche - j'avais déjà une forte personnalité - et donc je pleurais et j'aboyais toute la nuit sous la pluie. J'ignorais que c'était sa compagne de l'époque qui m'interdisait, à de rares exceptions près, l'accès à la maison. Il paraît que j'étais faite pour la vie à l'extérieur (loin des êtres humains!!!)

Heureusement, ce calvaire n'a duré que 2 semaines.
Mon maître nous a trouvé une autre demeure, à Lasne, où j'ai pu grandir dans l'affection d'un vrai foyer.

Le temps a passé; j'étais devenue une chienne costaude, je restais longtemps à rêvasser le long de la rivière et je rentrais quand je voulais. Je ne paniquais pas lorsque mon maître s'absentait quelques heures, car je savais qu'il reviendrait. Il m'emmenait parfois aux sports d'hiver. Que j'aimais marcher dans la neige, me rouler dedans!

Quelques années après ma naissance, j'ai découvert Ambleny - un second foyer où je me sentais tout aussi aimé. J'y allais chaque fois que mon maître partait en voyage et qu'il ne pouvait m'emmener (même si je suis allée plusieurs fois da ns mon pays d'origine, la Suisse). J'y étais bien, je regardais les canards et je faisais d'agréables promenades.

Par contre, au fil des ans, j'avais un regret: je faisais sans cesse des grossesses nerveuses, car au fond de moi, je souhaitais avoir des petits. Quelle frustration lorsque mon maître m'a stérilisée. J'aurais pu garder un de mes jeunes avec moi.
J'ai ensuite redéménagé - toujours à Lasne - et là aussi j'avais un grand jardin et j'étais heureuse.

Et puis, encore un déménagement, à Glabais cette fois. Là aussi, je me suis d'emblée sentie bien, car mon maître était toujours à mes côtés. Hélas, l'accès au jardin était rendu difficile par un escalier assez raide pour mes jambes qui s'ankylosaient. J'hésitais parfois à descendre, je faisais encore des balades, mais moins longues qu'avant, car je souffrais d'arthrose et je devenais vieille.

J'ai ensuite rejoins ma dernière demeure, à Jodoigne. Le jardin était immense, mais je ne marchais plus aussi bien qu'avant. Comme à chaque fois, j'ai été chouchouté, mais je vieillissais et mes forces commençaient à me quitter.

Les dernières semaines de ma vie, je restais de longues heures dehors, dans le jardin, à humer l'air et le vent. Cela me faisait du bien. A la Toussaint 2009, je suis retournée une nouvelle fois à Ambleny, ignorant que ce serait la dernière.

Il y a deux mois, j'ai commencé à m'affaiblir énormément. Je perdais l'appétit, je marchais de plus en plus difficilement, mon regard n'était plus aussi pétillant qu'avant. Je sentais que la fin était proche, mais je voulais à tout prix rester près de ceux qui m'étaient chers. Mon maître me donnait chaque jour des médicaments que je ne voulais pas avaler, mais lui savait que c'était pour essayer de me sauver. Il m'a emmenée faire une prise de sang (pourquoi pas plus tôt ???), car je ne mangeais plus et ne marchais presque plus. Le résultat fut catastrophique: cancer généralisé du sang (anémie).

Mon cœur était encore robuste malgré mon vieil âge et je voulais lutter pour rester le plus longtemps possible près de ceux que j'aimais, mais je n'arrivais plus à manger. Mon maître s'est dit qu'il restait un espoir de reprendre une vie presque normale pendant quelques semaines: la cortisone.

En vain: je mangeais quelques morceaux de viande qu'il me mettait dans la bouche, mais je n'avais plus aucun appétit. J'étais vaincue par le cancer. J'ai passé mes dernières journées allongée sur le sol, regardant autour de moi. Avais-je envie de mourir ou voulais-je rester le plus longtemps possible dans ce dernier foyer si chaleureux? Physiquement, je ne souffrais pas, mais je me sentais si affaiblie.

Mon maître a fait tout ce qu'il a pu pour moi - abréger ma souffrance ou aller le plus loin possible - , mais il a fallu prendre une décision, car mon bilan sanguin ne s'améliorait pas.
Mon maître a pris la décision de me faire piquer le vendredi 11 décembre au matin afin de me soulager.
Mais dès l'après-midi du 10 décembre, j'ai pour la première fois eu de réelles convulsions et je voulais mourir.

Cela faisait 4 jours que je ne mangeais plus; c'était la fin. Pendant toute l'après-midi, mon maître m'a caressée, s'est allongé contre moi et m'a passé à plusieurs reprises la chanson de Barbara (chantée beaucoup mieux par Isabelle Aubret): Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous.

J'aurais aimé rester plus longtemps parmi vous, mais mes forces ont tout à coup lâché.

A 19 h 30, je me suis éteinte, paisiblement, après un dernier soupir. Je me suis battue comme j'ai pu; je n'avais jamais été malade avant cette fin tragique, mais j'avais plus de 11 ans, soit près de 90 ans chez vous, les humains.

Merci à tous de m'avoir tant aimée.

Dara

P.S. Mes cendres seront éparpillées dans le jardin, aux endroits où j'aimais me reposer.